Pauline, 31 ans

Patiente ayant terminé sa féminisation vocale

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 31 ans. J’ai commencé une transition sociale depuis l’été 2014 et, du fait des délais médicaux, j’ai pu commencer une transition physique depuis le début d’année 2016. Donc cela fait un peu plus de trois ans et demi que ma transition physique a eu lieu.

Avez- vous subi des chirurgies esthétiques ou de réassignation sexuelle ?

Je n’ai pas subi de chirurgies esthétiques. J’ai fait une vaginoplastie il y a plus d’un an. Mais ça ne change pas la voix.

Vous sentiez-vous mal à l’aise par rapport à cette voix ?

Oui, car on n’entend pas forcément sa voix, sauf quand elle est enregistrée. Mais je savais que la voix que j’avais auparavant, qui était tout de même assez grave, n’aidait pas pour mon passing. C’est pour ça que j’ai fait de l’orthophonie.

Quand avez-vous commencé l’orthophonie ? Et comment s’est passé cette rééducation ?

J’ai commencé au début de l’année 2016, en même temps que les hormones et ça a duré environ un an. Mon orthophoniste m’a dit que nous pouvions arrêter vers le printemps 2017. C’était à raison d’une séance par mois. La rééducation s’est plutôt bien passée. J’ai trouvé cette orthophoniste sur une base de données qui recense les praticiens et patriciennes qui sont accueillants envers les personnes transsexuelles. Elle avait déjà travaillé avec plusieurs femmes trans. La rééducation s’est passée de manière assez fluide. C’était une suite d’exercices progressifs en s’aidant d’un clavier pour poser sa voix. Cela n’a pas été un travail énorme. Beaucoup de gens disent qu’il y a un côté très intime dans le travail de la voix, que vous vous retrouvez à pleurer avec un côté quasi psychanalytique à aller chercher sa voix. De mon côté, ça m’est assez peu arrivé, je dirais qu’il y a une ou deux séances qui m’ont touchée émotionnellement mais plutôt pour les textes que je lisais plus que pour l’effort physique vis-à-vis de ma voix.

Aujourd’hui comment vous sentez-vous par rapport à votre voix actuelle ?

J’ai arrêté de faire des exercices car je suis plutôt satisfaite de ma voix. Que ça soit au téléphone ou lors des interactions quotidiennes, l’écoute de ma voix ne donne pas lieu à des mégenrages. Il me semble qu’elle n’est plus un obstacle au passing donc j’en suis plutôt satisfaite. Peut-être que pour mieux travailler je devrais parfois refaire les exercices que m’avait donnés mon orthophoniste, basés sur la respiration, la lecture de texte, etc. Mais je n’en ai plus fait depuis au moins un an sans que cela ne me cause des soucis ni au téléphone ni lors des interactions réelles.

Après, quand je m’entends, ça me fait toujours étrange. Je vais me dire « je trouve que c’est une voix d’homme ». Tout le monde me dit que non, ça ne conduit jamais à ce qu’on m’identifie comme homme. Donc je suppose qu’il n’y a plus que moi ou d’autres personnes trassexuelles qui auraient développé une certaine acuité, qui pourraient capter que je suis trans à la voix.

Pourquoi n’avez-vous pas subi de chirurgie laryngée ?

C’est quelque chose que très peu de gens font dans la communauté, vu que l’opération est très risquée, au risque de perdre la voix ou de se retrouver avec une voix de fumeuse. C’est très rare que les résultats que j’ai entendus soient convaincants. J’ai aussi rencontré deux femmes transsexuelles qui avaient subi cette opération et je n’étais pas vraiment convaincue par le résultat.

Comment avez-vous songé ou qui vous a conseillé de consulter un orthophoniste ?

Je savais avant de rentrer dans le milieu associatif, que ça faisait partie du programme. Puis, j’avais pu en discuter avec une militante et accueillante d’une association, « Chrysalide », qui m’avait dit qu’elle avait été amenée à travailler sur sa voix pour mieux passer auditivement. Une fois ma transition physique commencée, tout s’est enchainé. J’ai eu ma prescription d’hormones, mon affectation longue durée et celle-ci prenait en charge l’orthophonie à 100%, donc j’ai pu commencer à ce moment-là. Mais dès le départ je m’étais dit que si je voulais avoir un bon passing, étant donnée la bassesse de ma voix, je serais obligée de travailler sur ma voix et de faire des exercices auprès d’un professionnel.

En quoi consistaient vos séances ?

Une grande partie du travail était respiratoire. Mon orthophoniste m’a appris à parler avec une voix de ventre. Spontanément, on va se dire qu’il fait parler avec une voix de tête mais, ça dézinguerait la voix si on parlait toute la journée avec une voix de tête. Du coup, c’est beaucoup d’exercices respiratoires pour apprendre à parler sur l’expiration abdominale. C’est ça qui permet de mieux placer sa voix et de la placer de plus en plus haut. Je devais d’abord dire des lettres, puis au fil des semaines et des mois, je devais dire des mots, des phrases puis des textes entiers sur plusieurs hauteurs de la gamme en m’aidant d’un clavier. Et il y avait un aspect de diction, tout un travail pour apprendre à parler avec des codes socioculturels de voix qui sont davantage associés à la féminité. Il s’agissait d’apprendre à parler plus lentement, à varier l’intonation et faire des phrases avec moins de monotonie sans avoir la voix qui baisse en fin de phrase.

Conseilleriez-vous l’orthophonie à d’autres femmes transgenres ?

Oui, absolument. Si ce sont des femmes trans qui veulent passer dans leur sexe d’arrivée, c’est tout de même assez rare pour celles d’entre nous qui ont eu une puberté dans le mauvais sexe de commencer une transition avec une voix qui permet le passing. De plus, c’est assez difficile de travailler seule dans son coin sans avoir de connaissances orthophoniques ou phoniatriques. Donc je pense qu’il faut vraiment passer par là, d’autant que normalement c’est à 100% pris en charge, donc pourquoi se priver ?