Marianne, 43 ans

Patiente ayant terminé sa féminisation
vocale grâce à la
méthode Astudillo

Voix avant féminisation vocale
Voix après féminisation vocale

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Je vais avoir 43 ans, j’ai pu mettre un nom sur ma différence il y a 13 ans. Je suis mariée et j’ai 3 enfants. J’ai eu une fille avant de pouvoir identifier ma différence et deux garçons après l’identification. En 2017, j’ai fait une grosse dépression, due à ma dysphorie. De là, avec ma femme, nous avons pris la décision de passer le cap et de se lancer. Ma première visite chez la psychologue a eu lieu au mois de mars 2018. Je suis allée la voir pour avoir ma réponse : suis-je un homme ou une femme ? Elle ne m’a pas donné de réponse mais dans mon for intérieur j’ai pu accepter ma différence. Ma dépression était une opposition entre  « j’ai besoin » et « je n’ai pas le droit ». Donc ce fut très violent car ce sont deux sentiments complètement opposés. Je suis donc retournée consulter la psychologue pour avoir la réponse à la question « ai-je le droit ? » et pour savoir « qui suis-je réellement ? ». Après 3-4 mois de suivi, je savais exactement quel devait être mon chemin. J’ai arrêté de consulter car je n’en avais plus besoin; j’étais en pleine acceptation de moi-même. Ensuite j’ai commencé l’hormonothérapie en septembre 2018. Puis, comme toutes les femmes transgenre, j’ai essayé en autodidacte d’adopter une voix féminine et très soufflée mais ça ne fonctionnait pas du tout. J’essayais de monter dans les aigus sans réellement de stabilité. J’en ai parlé à une collègue spécialisée dans la voix et elle m’a dirigée vers Mariela Astudillo.

Comment s’est passé votre entrainement vocal avec Mariela ?

Mariela est un guide. Elle nous dit ce qu’on doit faire mais c’est nous qui travaillons. L’entrainement vocal a commencé en novembre 2018. Jusqu’aux vacances de décembre j’étais à peu près à une heure d’entrainement tous les jours. J’ai vraiment vu les améliorations et la différence par rapport à la voix que j’avais avant. Ensuite, il ne s’agissait plus réellement d’exercices à faire mais plutôt d’une application dans le quotidien, ce qui est le plus compliqué. Je sais qu’actuellement je n’ai pas encore atteint l’objectif. Il manque quelques petits trucs mais elle m’a donné toutes les clés pour les travailler et pour les entendre, car finalement c’est un travail autodidacte. Par exemple, le « finalement », que je viens de prononcer, est trop brutal. La coupure brutale des mots est typiquement masculine.  Il y a beaucoup de petites choses que je dois travailler, que j’entends et que je rectifie au mieux au fur et à mesure. J’ai 43 ans.  Depuis 42 ans je parle de façon masculine. Je dois donc faire très attention à chaque mot, à chaque phrase, à chaque intonation. Il faut du temps avant que ça ne devienne automatique. De plus, je vis toujours avec ma famille; je n’ai pas pu/voulu féminiser ma voix en famille au quotidien depuis le début pour les préserver. Ma voix est féminisée en famille depuis à peine 3 semaines. Le travail de Mariela avec moi a donc été très compliqué. L’entrainement technique, je pouvais le faire à la maison, mais l’application quotidienne était très difficile. La situation familiale a rendu l’entraînement vocal plus long que pour certaines de ses patientes.

Aujourd’hui êtes-vous satisfaite de votre voix ?

Dans l’ensemble je dirais que oui, mais de petits détails, que j’entends, ne me satisfont pas tout à fait. J’aime la perfection. Les personnes qui ne me connaissent pas, ne voient pas la différence entre avant et maintenant. Pour eux ma voix est féminine à 200%. Au téléphone par contre, c’est encore un peu compliqué puisque ce n’est que la voix qui compte et que la gestuelle n’intervient pas.

Jamais vous n’avez été tenté par une chirurgie laryngée ?

Non. De base, j’avais une voix relativement perchée, mais non maîtrisée d’un point de vue féminin. J’ai gagné une octave de hauteur de voix mais ce n’est pas ça qui féminise la voix. Je ne voulais pas qu’on touche à mes cordes vocales, car j’ai vu des témoignages et des vidéos où le résultat était catastrophique. Les opérations donnent de bons résultats en terme de hauteur, mais je trouvais que ça ne sonnait pas féminin. J’ai entendu aussi des voix résultant d’opérations ratées. Il était donc hors de question que je subisse une opération. Finalement, je me suis dit que la voix était un muscle qu’il fallait travailler. Par l’intermédiaire de ma collègue, j’ai pu faire la connaissance de Mariela et je ne me trompais pas.

Je trouve dommage de penser tout de suite à la chirurgie, alors qu’il y a d’autres moyens d’acquérir une voix très féminine. Je suis sur des groupes Facebook où je vois que les thérapies en France sont très longues. Alors que moi, j’ai commencé en novembre,  et même si de nombreuses semaines ont sauté, j’ai terminé en mars 2019. C’est très court et les résultats se remarquent tout de suite. Même dans le regard de la caissière de mon supermarché, on le voit. Elle ne me regarde plus en se disant qu’il y a quelque chose de bizarre. 

Pour en revenir à l’orthophonie, en quoi consistaient vos séances ?

C’est en matière de respiration que j’ai éprouvé le plus de difficulté. L’exercice consistait à produire une voyelle soutenue. Une femme tient un /a/ en moyenne 15 secondes car les femmes respirent moins que les hommes quand elles parlent, ce qui leur permet d’obtenir cette modulation dans la voix que l’homme n’a pas. Comme il a très peu de souffle et une colonne d’air peu maîtrisée, il est obligé de reprendre sa respiration toutes les 5 secondes. Il hache très fort ses phrases. Ce fut le premier exercice, qui a été assez compliqué. Au début j’étais à 5 secondes à peine et j’étais épuisée. Aujourd’hui, j’atteins 25 secondes.

Ensuite, il fallait faire des ondulations de hauteur. On passait d’aigu à grave, de grave à aigu, toujours en tenant le /a/soutenu pendant 25 secondes, car c’est la voyelle la plus compliquée à maintenir. La difficulté réside dans le fait qu’en passant dans les aigus, on augmente le volume. Le but de l’exercice était de passer dans les aigus sans augmenter le volume. Cela m’a pris 2 semaines pour y arriver. Etant musicienne, j’avais le bagage me permettant de déterminer, exercice après exercice, si c’était mieux ou moins bien que la veille.

Enfin on a commencé à travailler sur des textes, dans lesquels il devait y avoir des syllabes hautes. C’est vraiment la gestuelle qui est entrée en jeu ici. Quand on produit une syllabe haute, les sourcils doivent monter, car les femmes le font naturellement. En même temps, on doit monter la main.

Je vais avoir 43 ans, j’ai pu mettre un nom sur ma différence il y a 13 ans. Je suis mariée et j’ai 3 enfants. J’ai eu une fille avant de pouvoir identifier ma différence et deux garçons après l’identification. En 2017, j’ai fait une grosse dépression, due à ma dysphorie. De là, avec ma femme, on a pris la décision de passer le cap et de se lancer. Ma première visite chez la psychologue a été au mois de mars 2018. Je suis allée la voir pour avoir ma réponse : suis-je un homme ou une femme ? Elle ne m’a pas donné de réponse mais dans mon fort intérieur j’ai pu accepter ma différence. Ma dépression était une opposition entre  « j’ai besoin » et « je n’ai pas de droit ». Donc ce fut très violent car ce sont deux sentiments complètement opposés. Donc je suis allée voir la psychologue pour avoir la réponse à « ai-je le droit ? » et pour savoir « qui suis-je réellement ? ». Après 3-4 mois de suivi, je savais exactement quel devait être mon chemin. J’ai arrêté d’aller la voir car je n’en avais plus besoin, j’étais en pleine acceptation avec moi-même. Donc j’ai commencé l’hormonothérapie en septembre 2018. Puis, comme toutes les femmes transgenres, on essaye en autodidacte d’adopter une voix féminine et très soufflée mais ça ne fonctionnait pas du tout. J’essayais de monter dans les aigus sans réellement de stabilité. Donc j’en ai parlé à une collègue spécialisée dans la voix et elle m’a dirigée vers Mariela Astudillo.

Comment s’est passé votre entrainement vocal avec Mariela ?

Mariela est un guide. Elle nous dit ce qu’on doit faire mais c’est réellement nous qui travaillons. On a commencé en novembre 2018. Jusqu’aux vacances de décembre j’étais à peu près à une heure d’entrainement tous les jours. J’ai vraiment vu les améliorations et la différence par rapport à la voix que j’avais avant. Ensuite, ce n’était plus réellement des exercices à faire mais plutôt une application dans le quotidien, ce qui est le plus dur à faire. Je sais qu’actuellement je n’y suis toujours pas. Il manque quelques petits trucs mais elle m’a donné toutes les clés pour les travailler et pour les entendre, car finalement c’est un travail autodidacte. Par exemple, le « finalement » que je viens de faire, il est trop brutal. C’est typiquement masculin de couper les mots brutalement. C’est plein de petites choses que je dois travailler, que j’entends et que je rectifie au mieux au fur et à mesure. J’ai 43 ans donc ça fait 42 ans que je parle en tant qu’homme sans jamais réfléchir à la façon dont je viens de parler. Donc je dois faire très attention à chaque mot, à chaque phrase, à chaque intonation. Il me faut du temps avant que ça devienne automatique. En plus, je suis toujours en famille, je n’ai pas pu féminiser ma voix en famille au quotidien depuis le début. Ma voix est féminisée en famille depuis 3 semaines, pour essayer de les préserver. Donc le travail de Mariela avec moi a été très compliqué. L’entrainement technique, je pouvais le faire à la maison mais le parler au quotidien c’était très compliqué. La situation familiale a fait que ça a été plus long que pour certaines de ses patientes.

Aujourd’hui êtes-vous satisfaite de votre voix ?

Dans l’ensemble je dirais que oui, mais ce sont les petits détails que moi j’entends qui font que je n’en suis pas satisfaite. J’aime la perfection et les détails qu’il me manque font que je ne suis pas réellement satisfaite. Mais des personnes qui ne me connaissant pas, ne voient pas la différence entre avant et maintenant. Pour eux ma voix est féminine à 200%. A part au téléphone, ou là c’est encore un peu compliqué puisque ce n’est que la voix qui compte et la gestuelle n’intervient pas.

Jamais vous n’avez été tenté par une chirurgie laryngée ?

Non. De base, j’avais une voix relativement perchée, mais non maitrisée d’un point de vue féminin. J’ai gagné une octave de hauteur de voix mais ce n’est pas ça qui féminise la voix. Je ne voulais pas qu’on touche à mes cordes vocales car j’ai vu des témoignages et des vidéos où c’était catastrophique. Sur les opérations, il y avait de bons résultats en terme de hauteur mais je trouvais que ça ne sonnait pas féminin. J’ai entendu aussi des voix où l’opération était ratée. Donc il en était hors de question. Finalement, je me suis dit que la voix était un muscle donc il faut le travailler. De par ma collègue j’ai pu faire connaissance avec Mariela et je n’avais pas tord.

Je trouve ça dommage de penser tout de suite à la chirurgie alors qu’il y a d’autres moyens d’avoir une voix très féminine. Mais je suis sur des groupes Facebook et je vois que les thérapies en France sont très longues. Alors que moi, j’ai commencé en novembre,  et même si de nombreuses semaines ont sauté, j’ai terminé en mars 2019. C’est très court et les résultats se remarquent tout de suite. Même dans le regard de la caissière on le voit. Elle ne nous regarde plus en se disant qu’il y a quelque chose de bizarre. 

Pour en revenir à l’orthophonie, en quoi consistaient vos séances ?

Là où j’ai eu le plus de difficultés, c’est au niveau de la respiration. L’exercice consistait à produire une voyelle soutenue. Une femme tient un /a/ en moyenne 15 secondes, au début j’étais à 5 secondes et j’étais épuisée. Maintenant, j’arrive à 25 secondes parce que les femmes respirent moins que les hommes quand elles parlent, ce qui leur permet d’avoir cette modulation dans la voix que l’homme n’a pas. Etant donné qu’il a très peu de souffle et une colonne d’air peu maitrisée, toutes les 5 secondes il est obligé de reprendre sa respiration. Il hache très fort ses phrases. Ca a été le premier exercice, qui a été assez compliqué. Ensuite, il fallait faire des ondulations de hauteur. On passe d’aigu à grave, de grave à aigu, toujours en tenant les 25 secondes avec le /a/ soutenu car c’est la voyelle la plus compliquée. La difficulté est qu’en passant dans les aigus, on augmente le volume. Le but de l’exercice étant de passer dans les aigus sans augmenter le volume. Ca m’a pris 2 semaines pour y arriver. En étant musicienne, j’avais plein de choses me permettant de visualiser exercices après exercices si c’était mieux ou moins bien par rapport à la veille. Ensuite, on a commencé à travailler sur des textes où il devait y avoir des syllabes hautes. C’est vraiment la gestuelle qui est entrée en jeu. Quand on fait une syllabe haute, les sourcils doivent monter car les femmes le font naturellement. En même temps, on doit utiliser la main en la montant pour les syllabes hautes.