Delphine, 50 ans

Personne ayant terminé sa féminisation vocale et
subi une laryngoplastie pour réduire sa pomme d’Adam

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 50 ans. J’ai décidé en 2015 de contacter une équipe pour faire ma transition. J’ai entamé des séances de psychiatrie pendant plusieurs mois puis ça a commencé à m’énerver. Ils ne me posaient pas les bonnes questions et ça tournait dans le vide. Donc j’ai décidé de me prendre en main et j’ai été voir une association LGBT à Paris qui m’a orientée vers un docteur pour la laryngoplastie et vers une orthophoniste. J’ai pris rendez-vous avec ces deux personnes. On enregistré ma voix pour savoir où je me situais dans la gamme, entre masculin ou féminin. Le résultat était plutôt  positif puisque je me trouvais dans le haut de la voix féminine. On m’a quand même orientée vers une orthophoniste donc j’ai pris rendez-vous avec elle. J’ai eu environ une dizaine de séances avec elle pour m’exprimer, savoir comment parler et atténuer mon intonation. Au bout d’un moment, elle m’a dit que je ne pourrais pas progresser plus et qu’il n’y avait pas d’opération à envisager. J’avais une voix assez féminine. Elle m’a dit que si ça m’allait, on s’arrêtait là mais si je voulais continuer, on pouvait perfectionner mais ça n’irait pas plus loin. Donc j’ai décidé d’arrêter car dans les relations que j’avais, dans la société, dans le travail, au téléphone, ça passait bien. J’ai juste appris à moduler dans des moments où on maitrise le moins la voix, c’est-à-dire dans la surprise, le cri, les hurlements, pour ne pas me redonner une voix masculine. Puis, je ne suis plus retournée voir l’orthophoniste.

Vous sentez-vous à l’aise avec votre voix aujourd’hui ?

Oui. Même avant, sauf que je n’arrivais pas à m’exprimer. Maintenant, je suis complètement à l’aise. Je ne rencontre pas de problèmes. Avant, je me forçais un peu à être masculine, donc c’est plus facile aujourd’hui pour moi de parler à peu près normalement. C’est vrai que les séances que j’ai eu étaient très intéressantes. Au niveau de la prononciation ou apprendre à parler moins vite pour mieux s’exprimer et mieux maitriser les mots, j’ai appris de ce côté-là.

Parlez-nous de votre opération laryngée.

J’ai eu une laryngoplastie pour réduire la pomme d’Adam. Mais le chirurgien n’est pas du tout intervenu sur les cordes vocales. J’ai eu deux interventions. La première n’était pas assez réussie pour le médecin, il y avait encore un dépassement du larynx. Elle a gratté tout ce qu’elle a pu et aujourd’hui, je ne la vois plus. J’avais une pomme d’Adam très proéminente et très pointue. Donc j’ai eu ces interventions en juin et décembre 2016.

Quelle a été la fréquence de vos séances d’orthophonie ?

Je n’ai pas eu plus de 10 séances, à raison d’une fois par semaine ou une fois toutes les deux semaines selon la disponibilité.

Conseilleriez-vous l’orthophonie à d’autres femmes transgenres ?

Oui, ça aide beaucoup, c’est très important. Il faut y passer. J’ai assisté à des réunions, des rencontres de trans qui débutent, qui ne sont pas opérées, et on voit bien qu’il y a une partie masculine de la voix qu’il faut vraiment effacer pour qu’il y ait une meilleure acceptation de la société. Il y a surement un travail à faire au niveau orthophonique, voire l’opération des cordes vocales. Mais pour moi, c’est indispensable pour s’exprimer, pour diminuer le vocabulaire masculin et pour féminiser l’approche, le parler et les mots.